La MR-003 est la méthodologie de référence homologuée par la CNIL via la délibération nᵒ 2018-154 du 3 mai 2018. Elle encadre les recherches dans le domaine de la santé sans recueil du consentement. En contrepartie, un engagement de conformité est exigé. Vous voulez lancer une étude clinique sans demander un consentement écrit ? La MR-003 est probablement votre cadre. Mais elle impose des règles strictes. Ce guide vous explique comment l’appliquer sans erreur.
Sommaire
1. Qu’est-ce que la MR-003 ? Définition et place dans le cadre CNIL
La MR-003 occupe une place précise dans l’écosystème CNIL. Elle complète d’autres méthodologies et s’inscrit dans le cadre du RGPD. Pour bien la situer, il faut la comparer à la MR-001 qui couvre les recherches avec recueil du consentement. La MR-003 cible l’autre versant. Le consentement n’est pas requis.
Dipeeo accompagne les organismes de recherche dans cette mise en conformité grâce à un DPO externalisé spécialisé en recherche médicale.
1.1. Les méthodologies de référence CNIL : à quoi servent-elles ?
Les méthodologies de référence sont des cadres pré-homologués par la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Elles décrivent à l’avance les conditions d’un traitement conforme. Le responsable de traitement signe un engagement de conformité. Il met ensuite la recherche en œuvre sans autorisation individuelle.
La contrepartie est exigeante : chaque condition fixée par la CNIL doit être respectée. La documentation doit le prouver. Dès qu’un projet sort du cadre, une demande d’autorisation classique redevient nécessaire.
1.2. MR-003 en une phrase : recherche en santé sans consentement explicite
La MR-003 encadre les traitements de données de santé d’intérêt public, réalisés dans le cadre de recherches impliquant la personne humaine. Elle s’applique aux recherches pour lesquelles le consentement du patient n’est pas obligatoire, dès lors que :
Celui-ci a été informé.
Qu’il ne s’est pas opposé à sa participation.
Attention : même lorsqu’aucun consentement n’est demandé, le patient doit être informé. Il reçoit une note complète sur l’utilisation de ses données et peut s’y opposer à tout moment. Si le patient s’y oppose, le responsable de traitement doit appliquer cette décision.
1.3. Comment la MR-003 se distingue des autres méthodologies (MR-001, MR-002, MR-004)
Recherches interventionnelles, essais cliniques de médicaments
Recueil obligatoire
nᵒ 2018-153 du 3 mai 2018
MR-002
Études non interventionnelles sur dispositifs médicaux de diagnostic in vitro
Information individuelle
nᵒ 2016-264 du 21 juillet 2016
MR-003
Recherches impliquant la personne humaine sans recueil du consentement
Non requis, droit d’opposition
nᵒ 2018-154 du 3 mai 2018
MR-004
Recherches n’impliquant pas la personne humaine, études et évaluations
Non requis, information et opposition
nᵒ 2018-155 du 3 mai 2018
Si votre étude porte sur la réutilisation de données déjà collectées, vous relèverez plutôt de la MR-004, et non de la MR-003.
2. Votre organisme est-il éligible à la MR-003 ?
2.1. Les 4 types de recherche couverts par la MR-003 selon la CNIL
La méthodologie ne s’applique pas à toutes les recherches en santé. La CNIL en réserve l’usage à quatre catégories précises :
les recherches non interventionnelles prévues au 3° de l’article L. 1121-1 du code de la santé publique ;
les recherches interventionnelles à risques et contraintes minimes, après avis du comité de protection des personnes ;
les essais cliniques de médicaments par grappes ;
certaines recherches nécessitant un examen des caractéristiques génétiques, conformément à l’article L. 1131-1-1 du CSP.
Dans tous les cas, l’information et le droit d’opposition restent obligatoires.
2.2. Le principe d’absence de consentement : ce que la loi Jardé et le RGPD autorisent
Deux textes permettent de se passer du consentement écrit dans certaines recherches en santé.
Le premier, c’est la loi Jardé (loi nᵒ 2012-300 du 5 mars 2012). Elle classe les recherches sur la personne humaine en trois catégories, appelées RIPH 1, 2 et 3, selon le niveau de risque pour le patient.
La RIPH 1 regroupe les recherches interventionnelles classiques.
La RIPH 2 couvre celles à risques et contraintes minimes.
La RIPH 3 vise les recherches non interventionnelles.
Pour les RIPH 2 et 3, le consentement écrit n’est pas exigé : une information claire et un droit d’opposition suffisent. C’est précisément le périmètre de la MR-003.
Le second texte, c’est le RGPD. Il autorise le traitement des données de santé à des fins de recherche d’intérêt public (article 9-2-j). Concrètement, cela veut dire que la « base légale » du traitement n’est pas le consentement du patient, mais la mission d’intérêt public poursuivie par la recherche.
2.3. Les conditions cumulatives à remplir
Plusieurs conditions doivent être réunies, sans exception :
un caractère d’intérêt public démontrable ;
un protocole de recherche validé scientifiquement avant la mise en œuvre ;
la désignation d’un délégué à la protection des données (DPO) ;
un engagement de conformité déposé auprès de la CNIL.
Conseil Dipeeo : la CNIL peut contrôler à tout moment et exiger la preuve de chaque condition. Documentez tout, dès le démarrage du protocole.
3. Quelles données peuvent être traitées sous la MR-003 ?
3.1. Les données de santé admises : liste et règles de sensibilité
La liste des données autorisées est limitative. Elle figure dans la délibération nᵒ 2018-154. Sont notamment admises :
les données strictement nécessaires à la réalisation de la recherche ;
l’âge et la situation familiale du patient ;
les habitudes de vie ;
les données pertinentes issues du dossier médical.
Toutes les données absentes de cette liste sont exclues. Et la présentation des résultats ne doit jamais permettre l’identification, directe ou indirecte, des personnes se prêtant à la recherche.
3.2. Les données administratives et d’identification concernées
Pour identifier les patients, la MR-003 impose un numéro d’ordre ou un code alphanumérique. Sont exclus :
le nom et le prénom du patient ;
le numéro d’inscription au Répertoire national d’identification des personnes physiques (NIR).
La CNIL recommande de se limiter aux initiales, complétées d’un numéro d’inclusion. La table de correspondance qui relie le code à l’identité réelle doit être conservée de façon sécurisée. Seuls les professionnels intervenant dans la recherche sur le lieu de recherche peuvent y accéder.
3.3. Les durées de conservation imposées par la CNIL
données des patients : 2 ans en base active après la dernière publication, puis archivage jusqu’à 20 ans maximum ;
données des professionnels intervenant dans la recherche : 15 ans après la fin de la dernière recherche.
Ces durées doivent figurer dans votre registre et être justifiables.
4. Quelles obligations incombent à votre organisme sous la MR-003 ?
4.1. L’information des personnes concernées : forme, contenu et preuve
L’information individuelle est obligatoire. Elle doit contenir toutes les mentions prévues par l’article 13 du RGPD :
l’identité du responsable de traitement ;
les finalités et la base légale du traitement ;
les destinataires des données ;
la durée de conservation ;
les droits exerçables par la personne concernée ;
les coordonnées du DPO.
Pour les recherches interventionnelles à risques minimes, une information collective est admise. Elle suppose un avis préalable du comité de protection des personnes, conformément à l’article L. 1122-1-4 du code de la santé publique. La preuve de la délivrance de l’information doit être conservée.
4.2. Le droit d’opposition : comment l’organiser et le tracer
Sans consentement, le droit d’opposition devient le pivot du dispositif. Il doit être effectif. Cela suppose :
une procédure documentée et facile d’accès pour le patient ;
un point de contact clairement identifié ;
un délai de réponse défini en interne ;
une traçabilité des oppositions exprimées.
Si un patient s’oppose, ses données doivent être retirées du traitement, sauf exception légale.
4.3. Les mesures de sécurité spécifiques aux données de santé
Les données de santé sont sensibles au sens de l’article 9 du RGPD. La MR-003 impose donc des règles renforcées :
Seuls les professionnels intervenant dans la recherche peuvent accéder à la table de correspondance.
4.4. Ce que doit contenir votre registre des traitements
Pour une recherche conduite sous MR-003, le registre doit mentionner :
la finalité de la recherche ;
la base légale du traitement ;
les catégories de personnes concernées ;
les catégories de données collectées ;
les destinataires des données ;
les durées de conservation ;
les transferts éventuels hors Union européenne ;
les mesures de sécurité mises en place.
Il trace aussi l’engagement de conformité signé auprès de la CNIL et l’AIPD réalisée.
5. Comment interpréter les textes CNIL sur la MR-003
5.1. La notion de « recherche d’intérêt public » : où s’arrête l’interprétation ?
L’intérêt public est une notion centrale et souvent mal comprise. Il n’est pas réservé aux institutions publiques. Une recherche menée par un acteur privé peut présenter un intérêt public. Encore faut-il qu’elle vise des objectifs utiles à la santé publique, à la qualité des soins ou à l’évaluation des pratiques. La CNIL apprécie au cas par cas, sur la base du protocole et de la finalité réelle.
5.2. La frontière entre MR-003 et une autorisation CNIL spécifique
Dès qu’une condition n’est pas respectée, vous sortez du périmètre de la MR-003. La CNIL exige alors une demande d’autorisation classique. C’est le cas lorsque l’information individuelle est impossible et qu’un avis du CPP est requis. C’est aussi le cas pour les études en génétique identifiantes ou les entrepôts de données de santé.
5.3. Les 3 erreurs fréquentes des organismes de recherche
Confondre engagement et autorisation : la déclaration simplifiée n’est pas un blanc-seing, c’est un engagement contrôlable.
Collecter trop large : la MR-003 impose la minimisation. Les données hors liste sont interdites.
Négliger la traçabilité du droit d’opposition : c’est précisément ce que la CNIL contrôle en priorité.
6. Comment Dipeeo accompagne les organismes de recherche sur la MR-003
6.1. De l’éligibilité à la documentation : notre méthode en pratique
Dipeeo intervient en tant que DPO externalisé auprès des CHU, des bureaux d’études cliniques et des industriels du domaine de la santé. Notre méthode démarre toujours par un audit d’éligibilité à la MR-003, pour vérifier que votre projet entre bien dans le périmètre de la méthodologie. Une fois cette base posée, nous prenons le relais sur les livrables clés :
la rédaction du volet « données personnelles » du protocole de recherche ;
la note d’information destinée aux patients ;
l’analyse d’impact (AIPD) exigée par l’article 35 du RGPD ;
l’engagement de conformité à déposer auprès de la CNIL.
6.2. Un DPO externalisé spécialisé santé et recherche médicale
Concrètement, nos juristes et anciens avocats partent d’un questionnaire d’audit conçu spécifiquement pour la recherche médicale. À partir de vos réponses, nous construisons un plan d’action personnalisé qui croise les exigences de la CNIL, du code de la santé publique et du RGPD.
7. À retenir
La MR-003 est un outil de simplification homologué par la CNIL pour les recherches en santé sans recueil du consentement. Elle exige en contrepartie une information individuelle, un droit d’opposition tracé, une AIPD, un registre à jour et le respect strict de la délibération 2018-154.
Vous lancez une étude et souhaitez vérifier votre éligibilité à la MR-003 ? Les équipes Dipeeo vous accompagnent de l’audit jusqu’à l’engagement de conformité. Échanger avec un expert DPO externalisé → Dipeeo
8. Questions fréquentes
La MR-003 s’applique-t-elle aux études rétrospectives sur dossiers médicaux ?
Pas toujours. Une étude purement rétrospective sur des données déjà collectées relève généralement de la MR-004. La MR-003 vise les recherches impliquant la personne humaine, même sans intervention.
Faut-il déclarer son traitement à la CNIL si l’on utilise la MR-003 ?
Oui. Le responsable de traitement effectue une déclaration simplifiée d’engagement de conformité. Aucune annexe n’est à joindre, mais la documentation doit rester disponible en cas de contrôle.
Que se passe-t-il si un patient s’oppose après le début de la recherche ?
Ses données doivent être retirées du traitement, sauf obligation légale contraire. L’opposition doit être tracée dans le registre.
La MR-003 est-elle compatible avec un transfert de données hors UE ?
Oui, sous conditions strictes. Seules des données anonymes ou indirectement identifiantes peuvent être transmises hors de l’Union européenne, avec les garanties prévues au chapitre V du RGPD.
Quelles sanctions risque-t-on en cas de non-respect de la MR-003 ?
Jusqu’à 20 millions d’euros ou 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial, selon le montant le plus élevé.